Pour le développeur Jeff Geerling, 2024 marque la fin de l’illusion de l’Open Source d’entreprise. Construire un produit avec un code source propriétaire et facturer des licences, c’est une chose. On peut toujours créer des communautés autour de ce modèle, et cela fonctionne depuis des décennies. Mais c’est tout à fait différent lorsque vous développez votre produit sous une licence Open Source, que vous encouragez une communauté d’utilisateurs à construire leurs propres entreprises autour de ce logiciel, puis que vous retirez la licence lorsque vos revenus sont affectés.Qu'est-ce qui se passe avec les entreprises de l'open source ?
Le 25 avril 2024, quelques heures après les rumeurs du Wall Street Journal, IBM a annoncé l’acquisition de HashiCorp pour la somme colossale de 6,4 milliards de dollars. Cette transaction intervient seulement quatre mois après que HashiCorp ait retiré le tapis sous les pieds de sa communauté de développeurs en abandonnant l’Open Source au profit de la licence « Business Source License ». Comme l’a si bien exprimé un internaute : « IBM est comme un presse-agrumes qui extrait toute la saveur délicieuse d’un fruit », à quoi un autre a répondu : « HashiCorp avait déjà bien épuisé toute sa saveur ».
Certains se demandent si la décision de HashiCorp de renoncer à l’Open Source visait à gonfler artificiellement la valeur de l’entreprise. Après tout, six milliards de dollars, ce n’est pas rien ! Et pourtant, HashiCorp n’est même pas une entreprise d’intelligence artificielle sans intérêt !
De son côté, Redis, la célèbre base de données en mémoire vive utilisée par des millions de développeurs à travers le monde, a annoncé un changement majeur dans sa politique de licence. Historiquement distribué sous la licence BSD à trois clauses, une licence open-source permissive, Redis a décidé de s’éloigner de cette dernière pour adopter une approche de licence double.
La nouvelle stratégie de licence de Redis utilise la Redis Source Available License version 2 (RSALv2) ou la Server Side Public License version 1 (SSPLv1), à partir de Redis v7.4 et pour toutes les futures versions. Ce changement est clairement destiné à empêcher les grands fournisseurs de cloud de proposer des alternatives gratuites aux services hébergés de Redis.
L'année dernière, Red Hat a fait l'objet de vives critiques après avoir suspendu la publication des sources publiques de Red Hat Enterprise Linux (RHEL) sur git.centos.org pour consacrer CentOS Stream comme seul référentiel. Jeff Geerling faisait partie de ceux qui ont décidé d'exprimer leur colère. Il affirmait alors que Red Hat violait l’esprit de l’open source et menaçait les distributions alternatives comme Rocky Linux et AlmaLinux, qui se basent sur le code source de RHEL. Il a annoncé qu’il n'allait plus maintenir le support officiel de RHEL pour ses projets open source, et qu’il allait privilégier les autres distributions Linux comme Fedora, Arch, Ubuntu ou Debian.
D'ailleurs le développeur note que :
D'autres entreprises comme MongoDB, Cockroach Labs, Confluent, Elasticsearch et Sentry sont également devenues « Source Available ». Cela a commencé avec certains des plus petits acteurs, mais à mesure que la pourriture s'installe même dans les plus grandes entreprises « open source », les développeurs open source choisissent l'option nucléaire.
Jeff Geerling
Jeff Geerling : « Quand une entreprise tire la couverture vers elle ? Forkez-la. Littéralement ! »
Terraform, le pain et le beurre de HashiCorp, a été transformé en OpenTofu et adopté par la Fondation Linux. Les entreprises qui ont bâti leur activité sur Terraform ont rapidement basculé. Plus intéressant encore, OpenBao-un fork de l'autre grand projet de HashiCorp, Vault, est soutenu par IBM ! Que va-t-il se passer avec ce fork maintenant ?
Au moins, les forks semblent assez simples au pays de Hashi. Dans le sillage de la destruction gratuite de Redis, il semble qu'il y ait un nouveau fork chaque semaine !
Et certains développeurs envisagent même d'abandonner complètement le code Redis, comme redka, une enveloppe compatible avec l'API au-dessus de SQLite !
Après que Red Hat ait (presque) fermé sa porte, au moins ils n'ont pas essayé de faire un échange sur la licence elle-même ! Oracle, SUSE et CIQ ont mis au rebut l'alliance OpenELA pour maintenir les forks d'Enterprise Linux. Les utilisateurs de CentOS, qui seront laissés dans l'embarras alors que le...
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